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mardi 12 juin 2012

Chirurgie reconstructrice après mutilation génitale féminine: étude prospective de cohorte

"Fleur du désert" est un ouvrage autobiographique. Waris Dirie, ancienne top-model international, est aujourd'hui ambassadrice de l'ONU chargée des questions relatives aux mutilations sexuelles.
Source iconographique et légendaire: http://milkchocolateandsugar.wordpress.com/2011/02/04/lexcision-linfibulation/
Les femmes subissant des mutilations génitales ont rarement accès à la chirurgie reconstructrice, pourtant disponible aujourd'hui. Notre objectif était d'étudier les résultats immédiats et à long terme de cette chirurgie.

Entre 1998 et 2009, nous avons inclus de manière consécutive des patientes âgées de 18 ans et plus, ayant subi des mutilations génitales et qui ont consulté un urologue à l'Hôpital Intercommunal de Poissy-Saint Germain en Laye (France). Nous avons utilisé la classification de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) dans l'inclusion des patientes avec mutilation de type II ou de type III. La peau recouvrant le moignon clitoridien a été retirée, afin de mettre à nu le clitoris ou son reliquat. Le ligament suspenseur a été ensuite découpé, afin de rendre le moignon accessible, le tissu de la cicatrice retiré de la portion exposée, et le gland ramené en position normale. Toutes les patientes ont répondu à un questionnaire à l'admission - avant chirurgie - concernant leur situation personnelle, leurs attentes, le plaisir et la douleur ressentis au niveau du clitoris sur une échelle allant de un à cinq. Ces patientes ont été convoquées à une consultation de suivi - après chirurgie -   et questionnées sur douleur et fonctionnalité clitoridiennes à un an. Nous avons ensuite comparé ces données à un an de suivi avec le groupe formé par la totalité des patientes ayant subi la chirurgie.

Nous avons opéré 2 938 femmes; de moyenne d'âge 29,2 ans; (Déviation Standard - DS - 7,77 ans; âge au moment de l'excision 6,1 ans; DS 3,5 ans). Les principaux pays d'origine étaient le Mali, le Sénégal et la Côte d'Ivoire; mais 564 patientes avaient subi une mutilation génitale féminine en France. 866 (29%) patientes se sont présentées à la visite de suivi à un an. Les attentes exprimées avant la chirurgie étaient la reconquête identitaire pour 2 933 patientes (99%), l'amélioration de leur sexualité pour 2 378 patientes (81%), et une diminution de la douleur pour 847 patientes (29%). A la visite de suivi, (un an après intervention chirurgicale) 363 femmes (42%) avaient un gland sans capot, 239 (28%) un clitoris normal, 210 (24%) une projection visible, 51 (6%) une projection palpable, et trois (0,4%) n'ont pas montré de changement. La plupart des patientes ont rapporté une amélioration de leur status - douleur identique ou diminuée (815 des 840 patientes) et un plaisir clitoridien (815 des 834 patientes) -. A un an, 430 (51%) des 841 femmes avaient eu des orgasmes. Les complications post-chirurgicales immédiates (hématomes, lachâge    des sutures, fièvre modérée) ont été notées chez 155 (5%) des 2 938 patientes, et 108 (4%) ont été à nouveau admises pour un bref séjour à l'hôpital.

La chirurgie reconstructrice après mutilation génitale féminine est associée à une diminution de la douleur et un plaisir retrouvé. Cette démarche chirurgicale devrait être rendue plus accessible dans les pays développés  par des chirurgiens formés. Pierre Foldès MD, Dr Béatrice Curzin MD, Armelle Andro PhD; in The Lancet, Early Online Publication, 12 June 2012

Source: www.thelancet.com / Traduction et adaptation: NZ